Le voyage avec le Crohn,
C’est déjà sortir de sa bulle sécurisante, se retrouver entre deux mondes, aller vers un monde inconnu.
C’est cette peur qui m’empêche avant le départ de dormir, qui me serre la gorge, cette peur de l’inconnu où pourtant, au bout du voyage il y a une amie qui m’attendra sur le quai de la gare.
Mais c’est entre ces deux mondes que mon angoisse est la plus forte, je voudrais pouvoir voler ou ne pas voir le temps s’écouler entre les deux.
Un monde sans adresse, un monde où j’imagine le pire, sans amis, sans famille à mes cotés ; mais non je ne ferais pas de malaise, non je ne courrais pas vers les toilettes et puis dans les trains de toute manière, il y en a , donc aucune angoisse à avoir, c’est si facile à dire mais mon cerveau refuse lui de le croire .
J’essaye de dominer ma peur et je monte dans le train qui m’éloigne des gens que j’aime, des gens qui sont toujours à mon écoute, comme mes médecins que je connais si bien à force de les voir ; ne commence pas Delphine, il y a des médecins partout en France .
Le train démarre, je fais un petit coucou à ma mère, je la sens angoissée, ce qui ne m’aide pas alors je fais bonne figure devant elle.
Plus de retour en arrière possible, et si je tirais sur le signale d’alarme, je pourrais encore faire demi tour ! Non ne fais pas cela Delphine ! Retient ta main…
Prochaine épreuve, le changement de train ; et si je me trompais et que j’allais dans la mauvaise direction. Cela ne serait pas un souci puisque tu pourrais reprendre le chemin en sens inverse.
Et puis de tout façon, tu es entre les deux, tu ne peux pas rester comme cela !
Bon alors je change de train, celui-là me mènera directement à destination mais qu’est ce que cela va être long…
Je commence à me détendre, à observer mes compagnons de voyage, pour eux tout va bien ! Ils discutent, ils rient, mais qui sait, derrière un de ces visages les mêmes pensées ne lui passent-elles pas dans la tête ?
Alors je regarde par la vitre, ce train file et me rapproche de ce monde ou je pourrais enfin rencontrer une amie. Elle est là, elle m’attend avec un grand sourire.
Moi aussi j’ai le sourire, certes parce que je la vois, et que je suis heureuse de faire sa connaissance, mais aussi et surtout pour cette victoire remportée sur moi-même !
C’était le premier pas le plus dur à faire.
Aujourd’hui j’ai retrouvé ma liberté de voyager.